Iran – partie 2 – Téhéran, la ville qui rend fou

Sans même parler de l’extrême taux de pollution de l’air et du chaos général qui règne dans la ville, les 5 jours passés  à Téhéran nous ont littéralement rendu fous. A Téhéran il ne faut pas prévoir trop dans une journée. Les bouchons (voiture, tout comme bus et métro) qui paralysent la ville de 15h à minuit nous limite à une visite par jour.

Avis de bouchon sur la planète Téhranesque

Ali, notre hôte extraterrestre

C’est donc Ali qui nous a hébergé pendant ces 5 jours et je ne peux m’empêcher de parler du personnage parce qu’Ali est un alien en Iran. Je m’explique : il vit seul dans un petit appartement au sud de la ville. Pour nous, rien de surprenant mais en Iran personne ne vit seul normalement. C’est soi avec les parents avant le mariage, soi avec la femme plus tard. De plus, il est interdit par loi de recevoir des étrangers chez soi, encore moins des femmes non accompagnées. On doit donc être extrêmement vigilant quand on rentre chez lui, courir vite dans les escaliers sans faire de bruit et sans se faire remarquer. L’ascenseur nous est interdit, on pourrait y rester bloqué! Surtout que Ali travaille pour une entreprise nationale. Malgré toute ces règles, son accueil est sans limite: il vient nous chercher à la gare dans sa petite boîte de conserve ou encore nommée “Pride” (modèle de voiture designé dans les année 90 mais toujours produit en Iran… si vous avez vu la vidéo ” America first… but what about Iran”, vous comprendrez ce que je veux dire!) en prenant du temps sur ses heures de travail, nous dépose à son appart. A peine 30 minutes après nous avoir rencontrer, il nous remet les clefs de son appart, prend rendez-vous pour nous ramener le petit-déjeuner le lendemain(on lui dit vers 8h30, la grass mat’) et il file au travail, incroyable! Oui oui j’ai bien dit “nous ramener le petit-dej” : comme convenu à 8h31, Ali débarque avec du lait fraîchement trait, du fromage, du miel, 2 types de pain(Sangak et Lavash) et bien-sur des fruits!

Un “petit” dejeuner chez Ali

En fait, Ali c’est un peu comme la meilleur des grand-mère qui rempli le frigo, cuisine et t’emmène partout avec sa petite voiture. Nos longs “petit-déjeuner” nous donne l’occasion d’échanger avec lui, son rapport à la religion, le vin fait maison qu’il cache dans le placard(l’alcool est interdit), ses randonnées en vélo dans la région, sur son régime alimentaire yogi (sans eau pendant les repas, sans viande, ni œufs mais lait et fromage autorisé), ses séances de méditation sur le tapis d’accupression,… . Oui Ali déjà ne serait pas un personnage banal chez nous alors, vous imaginez en Iran? On en vient donc à avoir des conversations surréaliste comme par exemple les relation homme-femme. Dans une société où les hommes et les femmes vivent séparés jusqu’au mariage(normalement), comment rencontrer l’âme-soeur? Et la tâche n’est pas facile, n’ayant que le visage découvert beaucoup d’Iranienne entretienne un culte de l’apparence : utilisent 3 tonnes de cosmétiques et maquillage et vont même jusqu’à la chirurgie esthétique, du nez ou des lèvres. Et l’affiche même ouvertement! C’est très commun de voir des filles (voir des mecs), fraîchement retouché, avec le pansement sur le nez!

Et la communication avec les iraniens dans tout ca?

Leur anglais est généralement pas terrible mais leur envie de parler avec nous est plus forte. Grâce au podcast gratos, qu’on a téléchargé depuis “chai and conversation”, on apprend rapidement à dire quelques mots en Farsi : comment on s’appelle, d’où on vient, les nombres, bonjour et merci. Pour le reste, c’est le langage des signes. Ceux qui parle mieux l’anglais nous posent souvent les mêmes questions: qu’est ce qu’on pensait de l’Iran avant de venir?, qu’est ce qu’on pense maintenant? Si on pense que voyager en Iran est dangereux?, si on pense que tous les Iraniens sont des terroristes?… Sans exagérer sur les 6 semaines passées en Iran on aura droit une bonne quinzaine de fois à ces questions. On se fera même filmer à Isfahan pour une étude universitaire sur la perception de l’Iran par les étrangers… On doit également répéter 10 fois par jour d’où on vient et puis une fois qu’on a répondu à cette simple question la personne part… On s’amusait à imaginer que le gouvernement organisait une vaste campagne statique pour connaitre pays d’origine des touristes visitant l’Iran et que la population entière participait au recensement . Parfois, lassés de répondre toujours aux mêmes questions, on s’inventait des origines Macedoine, Irelandaise,… Ca nous faisait rire, pour ne pas craquer!   Sur la route, on se faisait klaxonner des dizaines de fois par jour. Le klaxon des camions en Iran, c’est trop rigolo (comme une petite mélodie) mais bon, pas à 1 mètre du haut parleur… Tout ça au bout d’un moment ça tape quand même sur le système! C’est juste trop !

Les Iraniens veulent que notre séjour se passe dans les meilleurs conditions et ont donc tendance à tout organiser. Ça fait du bien au début de se laisser aller et guider, mais au bout d’un moment ça peut devenir contraignant. Surtout pour nous qui sommes sur la route depuis près de 6 mois, sans patron ou parent pour nous imposer quoique ce soit. On décide à quel endroit s’arrêter ou continuer, tourner à gauche ou à droite,… bref ce sentiment de liberté intense, on se le laisse difficilement l’enlever.

La courtoisie iranienne 

A Téhéran, on a la chance de voir un autre Ali, pas notre hôte WS, non. Ali c’est un ami de longue date, c’est le premier visage que j’ai vu lorsque je suis arrivé à la résidence universitaire de Krefeld(Allemagne), il y a plus de 8 ans maintenant. Ali c’était notre GO (grand organisateur) pendant notre semestre Erasmus. Et quoi de mieux qu’un Iranien pour nous intégrer, avec son hospitalité exacerbé et son sourire jusqu’aux oreilles. Bien sûr aujourd’hui, après avoir tant lu de récit de voyage en Iran et être nous-même depuis plus de 10 jours dans le pays, on a changé notre manière de le voir. Et toute ces choses qui nous paraissaient bizarre à l’époque, prenne du sens ici : sa gentillesse et son aide sans limite, son histoire et… aussi sa fuite de l’Iran. Sa mère nous accueille selon toutes les règles de bienséance Iranienne, en nous offrant le thé, le sucre, les biscuits et bien-sur la coupe de fruit. Toutes les cinq minute, elle insiste pour qu’on reprenne du thé, mange une pomme ou un biscuit. Ali nous traduit tout de manière nonchalante. Il est un peu lassé de cette courtoisie exagéré qui porte un nom : T’aarof. Pour expliquer les règles du T’aarof, il faudrait au moins un post séparé, mais en gros c’est l’art de répéter ou refuser plusieurs fois une offre pour savoir si elle est sincère. Vous avez rien compris c’est normal! Par exemple, si on nous offre le thé ou un fruit, en théorie il faudrait refuser 3 fois puis accepter pour savoir si l’offre est sincère. Les offres numéro 1 et 2 étaient pur politesse! Ce genre de règle mène à des situations bien comique vous le pensez bien: le chauffeur de taxi ou l’hôtel qui refuse l’argent! Le pire certainement c’est le T’aarof appliqué à l’étranger comme cette histoire que nous raconte Ali. Alors qu’il venait juste d’arriver en Allemagne, encore étudiant(donc pas très riche), qui croise sa professeur de langue a la caisse du supermarché et lui propose ..de payer l’addition! Ce qu’elle accepte du premier coup.. ben oui elle connaît pas le T’aarof! Dans les cas d’ambiguïté on finissait pas dire clairement : “No T’aarof, take the money!”, sinon ce petit jeu peut durer quelques minutes…

Le thé chez Ali

Descriptif par jour :

Jour 1 : Après un long petit déjeuner avec notre hôte Warmshowers, on se perd pendant 2 heures dans le bazar qui est de la taille d’une petite ville sans même trouver le coin des choses qui se mangent… zut. On rejoint des amis d’amis pour boire le thé (bien-sur) et goûter le meilleur Abgoosht de la ville.

Le meilleur Abgoosht de la ville en bonne compagnie

Jour 2 : Après un long petit dej. chez Ali (qui deviendra par la suite un rituel vu que les “petits” déjeuner chez lui n’existent pas), Ali nous emmène au musée Vazari. Un artiste qui crée à partir d’objets recyclés.

Visite du musée Vazari, le musée préféré d´Ali

Jour 3 : Un ami d’amis de Pablo passé nous chercher et nous emmène lui voir les palaces des Shahs (roi Persans). C’est pas Versailles, mais ça vaut la peine juste pour le côté vert et ,à tranquillité de l’endroit. Un oasis dans ce chaos.  Au moment de rentrer vers 17h, on ne veut pas abuser de gentillesse et on refuse qu’il perde plus d’une heure à nous raccompagner en voiture. Il nous dépose donc à l’arrêt de bus le plus proche. Ça sera le début d’une longue péripétie pour rentrer. On attendra d’abord une bonne demi-heure à l’arrêt de bus. Les bus passent certes, mais ils sont tellement pleins qu’ils ne s’arrêtent même pas. Après 30 min et une bonne dizaine de bus qui nous passent sous le nez, la queue d’une cinquantaine d’hommes devant nous ne réduit pas. Et je dis homme parce que les transport en commun sont séparés en Iran. Les femmes à l’avant du bus et les hommes à l’arrière. La queue chez les femmes est beaucoup plus faible, mais pas moyen de mettre un voile sur la tête de Pablo pour gruger la queue… On se résout donc à marcher vers la tour télé Milad qui paraît si près sur la carte. Mauvais plan, la ville n’est pas conçu pour les piétons et il nous faudra faire des détours d’un km pour trouver un pont et traverser les voies périphériques. Après 2 bonnes heures de marche, on arrive enfin à la tour. Rien d’exceptionnel, quelques boutiques et un ascenseur au prix prohibitif (10 euro pour aller tout en haut). On devra marcher de nouveau un km pour trouver un arrêt de bus qui nous ramène à la station de métro la plus proche. Après 2 métro bondés et un bus, on arrive vers 22h chez Ali qui nous attendait avec 2 amis à lui pour le dîner, oups!

Visite du palace du Shah avec Reza

Jour 4 :  On se repose puis on cherche désespérément un sac d ‘eau de 10 l(qu’on a oublié en Turquie). On arpente la rue des copies et celle des articles originaux, sans succès.

Jour 5 : Ali nous emmène à la sortie de la ville en voiture, un dernier selfie et en route !

Dernière photo sur l’autoroute, avant de dire au-revoir a Ali. Avec sa petite “pride” en arrière plan sur la gauche!

One thought on “Iran – partie 2 – Téhéran, la ville qui rend fou

  1. Ils ont quand même la classe vos visas? Vous êtes passés en Chine? Laos? Vous laissez le Cambodge?
    Excellent article, mais je crois que le problème de passeport US de Cassie pour les visas en Iran soit insolvable…

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